Analyse critique du programme santé des Verts

Contribution du groupe pluralisme thérapeutique
 
  • samedi 1er avril 2006.
  • Le groupe de travail pour le pluralisme thérapeutique a été constitué initialement sur l’idée de favoriser une vision écologiste de la santé et des processus de soins qui en découlent. Puis la commission santé a structuré des groupes de travail en leur attribuant les différents items du programme de santé. Chacun de ces grands chantiers du programme est en fait dédié à une seule personne, en principe membre du bureau, qui est libre de constituer un groupe de travail. En réalité, seul le groupe pour le pluralisme thérapeutique peut revendiquer cette appellation car ce chantier est pris en charge par un groupe constitué qui possède sa propre liste de diffusion et dont les productions sont régulièrement nourries par les échanges entre les membres.

    Depuis sa création, ce groupe ne cesse de réclamer une vision plus écologiste de la santé. Et la seule réponse qui lui est donnée est de nature environnementale. Nous sommes bien sûr d’accord avec la nécessité d’une réduction très sensible des polluants de notre environnement, qui est une condition essentielle pour permettre la vie dans de bonnes conditions.

    Il y a consensus sur la question, et largement au-delà du cercle étroit des Verts. Mais il convient de s’interroger sur la culture qui a fondé l’émergence de ces produits toxiques et dans quels secteurs ont-ils été introduits. En fait, parce que c’est la nôtre, cette culture moderne a accepté l’idée que l’on pouvait et souvent devait introduire des substances, dont on ne peut pas nier les performances, mais pour lesquelles on ne se posait jamais la question d’une toxicité éventuelle. C’est ainsi que tous les domaines de notre vie ont été contaminés : les matériaux de construction, les plastiques, les produits d’entretien, les cosmétiques, l’alimentation, l’agriculture et bien entendu la santé.

    On nous a progressivement habitué à l’idée que notre corps sentait mauvais donc qu’il fallait user de déodorants qui contiennent entre autre de l’aluminium toxique pour le système nerveux et des parfums synthétiques issus de l’industrie pétrolière. Si on interroge des jeunes sur l’usage des déodorants, pas un ne les conteste et le plus souvent ils prennent un air horrifié quand on indique qu’un lavage régulier, même pas au savon est suffisant pour ne pas incommoder qui que ce soit. Quand en plus, on indique que les odeurs corporelles sont un élément essentiel de la sexualité, on est regardé comme appartenant à une autre planète. En fait, il ne s’agit pas d’une autre planète, mais d’une autre culture. Cette culture moderne qui laisse penser que si on apporte à un plant de tomate suspendu, un « jus » qui contient les éléments nécessaires à sa croissance, on obtiendra des tomates consommables.

    Evidemment cela fonctionne, et la tomate peut aussi bien être produite en France, en Espagne ou aux Pays-Bas, pays connu pour la qualité de son ensoleillement, et aussi bien en été qu’en hiver. Cette démarche relève des mythes développés dans les années soixante où l’on imaginait qu’on se nourrirait dans le futur, l’an 2000, de pilules qui contiendraient tout ce qui nous serait nécessaire. Bien sûr, nous n’en sommes pas là, mais notre société accepte à la fois comme une fatalité, ces restrictions du plaisir de manger bien, cette intervention du chimique dans les actes les plus intimes de notre vie, et réclame l’intervention de la technique pour suppléer tout ce qui ne va pas dans nos fonctionnements. C’est le mythe de l’intervention génique.

    Nous vivons de plus en plus déconnectés de nos racines fondamentales, sans savoir ce qui fonde l’essence de notre existence et la vie sur terre. Nous vivons en symbiose avec des systèmes complexes dont on peut raisonnablement se demander s’ils sont externes ou internes. [1]

    C’est une réflexion de nature philosophique qui doit être entamée. Notre société fonctionne également sur un mythe qui est celui de la vérité, scientifique de préférence. Or cette vérité est multiple et accessible par différents moyens.

    Des indiens aux Etats-Unis ont été atteints dans les années 90 par une maladie qu’on pourrait apparenter à un SRAS. Le chaman de la tribu a cherché quelle était l’origine de la maladie et a trouvé que l’origine était un dérèglement climatique. Des scientifiques ont montré que le facteur infectieux était transporté par un écureuil qui avait proliféré suite à une modification du climat ayant favorisé l’abondance d’une pomme de pin dont se nourrissait cet animal.

    En Chine, la tuberculose est décrite depuis presque 2000 ans, et depuis cette période est connue pour avoir deux origines. Il y est fait référence à un état émotionnel particulier et à la présence d’un « chong », terme générique pour désigner un parasite, un petit insecte, ou un microbe.

    On voit à travers ces deux exemples que des peuples traditionnels n’ont pas besoin de nos moyens modernes pour comprendre les causes intimes des perturbations que nous subissons. Dans un cas comme dans l’autre, même si les facteurs infectieux peuvent apparaître comme les causes des maladies, les peuples traditionnels cherchent des causes plus fondamentales qui sont déterminées par des ruptures de nature écologique.

    C’est à travers ce filtre qu’il faut comprendre la nature même de la santé. Même l’OMS ne limite pas la santé à l’absence de maladie, mais pour autant est on certain que la santé soit seulement une situation proche du silence des organes ? Les peuples traditionnels considèrent qu’un malade traduit le déséquilibre de tout le groupe social, ce qui implique une responsabilité collective. Dans ce contexte, la solidarité liée à l’assurance maladie représente une attitude qui responsabilise toute la société devant la détresse de l’un de ses membres. De la même façon tout déséquilibre social signe des maladies qui ne manqueront pas d’apparaître, même si on voit pas encore de signes objectifs. De ce point de vue, la disparition de la maladie n’implique pas la restauration de la santé. Il faut comprendre la maladie comme un moyen pour l’homme d’exprimer une souffrance.

    Une médecine qui commence à intervenir quand elle reconnaît une maladie intervient non seulement trop tard, mais surtout ne sait identifier le désordre qu’à partir de son expression. Cela l’amène trop souvent à privilégier des causalités primaires, par exemple les causes infectieuses.

    Analyse des trois piliers

    Le changement de paradigme médical que l’esprit du texte semble réclamer est absent du document ce qui le rend totalement inopérant. Le programme devrait comporter pour chaque aspect un élément qui fasse référence aux alternatives thérapeutiques qui devraient être intégrées transversalement dans l’ensemble de l’argumentaire.

    Un chapitre isolé sur les médecines non conventionnelles est un chapitre qui risque fortement d’être ignoré dans la pratique et finalement éliminé à tout moment au cours d’une négociation. Ce chapitre est repris du texte voté en Juin 2004 sans qu’aucune des propositions que avons faites depuis plusieurs mois n’ait été reprise ou même débattue. C’est une insulte au travail de ce groupe.

    Aucune mesure n’est prévue pour soutenir des pratiques reconnues comme ayant un impact positif sur la santé (Yoga, Qigong, relaxation, sophrologie, etc.).
    Il y a une vision trop restrictive de la conception de l’environnement à des aspects exclusivement physiques. Les aspects psychosociaux sont minorés tant dans leur impact négatif que dans leur apport positif potentiel sur la santé.

    De plus ce projet de loi entre en contradiction avec des principes fondateurs du programme des Verts :

    En conséquence, ce programme constitué en trois piliers est une excellente chose, mais de nombreuses questions de santé ne sont pas étudiées et les conséquences seront un échec inévitable, et personne n’y a intérêt.

    [1Si nous voulons vraiment rester en bonne santé et si nous tenons aussi à celle des animaux de ferme, nous n’avons pas d’autre choix que de cohabiter avec les microbes. Il faut être conscient que les humains ne sont pas seulement constitués de cellules animales (eucaryotes) mais aussi de cellules microbiennes (procaryotes), ces derniers étant dix fois plus nombreux que les premiers. Qui plus est, nous ne pourrions vivre sans eux. Or par exemple nous avons besoin d’un micro-organisme comme la bactérie entérique et la levure de notre intestin qui fabrique les vitamines et nous aide à assimiler la nourriture. Teddy Goldsmith (l’Ecologiste été 2001)

    Un article du site : Pour une médecine écologique
    http://www.medecine-ecologique.info/article.php3?id_article=8