J’ai, depuis de nombreuses années, la conviction que l’on se trompe souvent sur cette problématique. Deux émissions ont réveillé en moi cette interrogation.
Tout d’abord, il s’agit d’une émission de France-Inter : « Comment expliquer les expériences de mort imminente ? »
Ensuite, d’un documentaire diffusé sur Arte ; « Les trésors oubliés de la médecine arabe »
Ces deux émissions ont agacé ma réflexion, toujours sur les mêmes idées : d’une part, la confusion entre science et technique et, d’autre part, l’incertitude entre cause et effet.
Dans ce premier exemple, on fait appel à des médecins ou des chercheurs pour expliquer de manière « scientifique », cette extraordinaire expérience individuelle de mort imminente en évacuant de suite tout aspect ésotérique ou « paranormal ».
Bien sûr, on va décortiquer ce qui se passe dans le cerveau grâce à des capacités techniques (IRM, recherche de transmetteurs chimiques, etc.) pour expliquer les effets ressentis et rapportés par les personnes. En évacuant, arbitrairement, toute autre possibilité, les chercheurs se confortent dans l’idée que tout se passe dans le cerveau. Pourtant, l’histoire regorge de phénomènes d’ubiquité que l’on préfère éliminer car farfelus ou simplement indémontrables. De nombreuses civilisations rapportent également des phénomènes de décorporation qui ont pu être observé. Évidemment, pas de possibilité de traduire ces faits de façon scientifique car il faudrait pouvoir reproduire ce qui sans doute, ne peut l’être. C’est notamment le cas, chaque fois que l’on cherche à reproduire un événement qui fait appel à des méthodes subtiles qui ne sont accessibles qu’à des personnes initiées. De plus pour la réussite des phénomènes, ils ne doivent pas être perturbés par des systèmes techniques destinés à les valider.
Cette limite est toujours considérée par les zététiciens ou plus généralement les rationalistes comme la preuve d’une supercherie. Si on prend une autre hypothèse, celle d’un corps partagé en deux entités ; une part physique et une autre immatérielle, à ce moment, la décorporation devient un événement envisageable. Envisageable ne veut pas dire certain. Pourtant si on se réfère aux travaux de certains physiciens quantiques et ou/et de philosophes, on s’aperçoit que cette hypothèse n’est pas si invraisemblable. Dans son livre, « L’homme superlumineux », Régis Dutheil, physicien, accompagné par sa fille, Brigitte Dutheil, philosophe, émet l’hypothèse d’une conscience appartenant à un autre espace que le nôtre. Pour cela, il s’appuie sur la possibilité d’une vitesse infinie (ce qui est théoriquement impossible) qu’il théorise et dont il conçoit les calculs nécessaires à cette hypothèse. Dans notre monde, c’est irréalisable ! Encore que on s’en approche grâce aux possibilités des accélérateurs de particules. Dans la situation d’une vitesse infinie, il apparaît plusieurs conséquences.
Tout d’abord, il n’y a plus de causalité temporelle. Dans notre monde, l’espace est corrélé au temps, ce qui implique qu’entre deux points de l’espace, il y a un laps de temps et qu’entre deux moments, il existe un espace. Si la vitesse est infinie, ces notions n’existent plus. Le temps au lieu de se dérouler de façon « horizontale », s’exprime de façon « verticale » où tous les moments coexistent. Cette thèse rejoint la philosophie de Platon pour laquelle les idées appartiendraient à un monde séparé (le monde des idées) mais également la notion de conscience collective chère à Carl Gustav Jung.
On peut trouver l’illustration pratique dans la radiesthésie. J’en ai fait l’expérience personnelle à plusieurs reprises à travers la recherche d’objets ou d’événements à venir. Le pendule ne connait rien, il permet juste de mettre en évidence ce que le sujet est en mesure de trouver comme information à travers le temps et l’espace. C’est exactement ce que font les shamans quelle que soient leur origine pour découvrir des remèdes ou faire prendre des décisions à leur communauté parmi les différents possibles.
Pourtant, il se passe évidemment des choses dans le cerveau mais peut-être aussi dans l’ensemble du corps, ce qui n’est pas envisagé. Ces phénomènes observés sont-ils les effets ou la cause des manifestations ? Au regard de ce que je viens de débattre, je suis tenté d’envisager qu’il ne s’agit que d’un effet et non d’une cause. Il y a hélas une fatuité toute occidentale à vouloir tout expliquer à travers ce que l’on observe en oubliant, chaque fois, qu’on ne voit que ce qu’on décide de regarder.
Quant aux trésors oubliés de la médecine arabe, là encore, le propos est de chercher des recettes sans comprendre la genèse de leur construction. En effet, toutes ces médecines traditionnelles possèdent un corpus de savoirs, une physiologie et une connaissance des propriétés des plantes. La connaissance des ces propriétés est en rapport direct avec la compréhension spécifique des maladies. Par exemple, pour la médecine chinoise que je connais mieux, chaque maladie est définie par son syndrome. Celui-ci exprime la causalité originelle. En fonction des concepts physiologiques : le yin, le Yang, le sang, le Qi, l’état des organes, on définira un syndrome. Par exemple : déficience du yin du sang dans le cœur ou excès de yang du foie, etc. Évidemment, ces terminologies sont absconses pour toute personne ne connaissant pas la médecine chinoise mais cette approche est essentielle pour comprendre comment sont élaborés les remèdes. C’est comme cela qu’une plante, rauwolfia, réputée efficace pour soigner l’hypertension, a causé des dommages sur des patients dont le cas ne correspondait pas à son usage. Cette plante est utilisée traditionnellement dans une formule complexe pour soigner un syndrome particulier d’hypertension, l’excès de yang du foie. Ce cas correspond à un sujet colérique violent au visage rouge. Si, au contraire, l’hypertension correspond à une déficience du yin des reins, on risque de provoquer des poussées suicidaires. Pour mieux comprendre, on peut dire qu’un même syndrome peut être à l’origine de plusieurs maladies très différentes mais semblables à l’égard de certains aspects et qui feront l’objet de traitements similaires. A contrario, une même maladie peut être causée par des syndromes différents qui donneront lieu à des traitements différents. On est très loin du principe, une maladie : un médicament. Vouloir prendre une recette sans en comprendre les arcanes, c’est s’exposer à tous les risques même si la tentation des bénéfices économiques dicte souvent cette démarche. Le réductionnisme scientifique au service de la finance !
Vouloir trouver des recettes dans ce contexte est une illusion sauf à pirater une molécule, en faire la synthèse et gagner beaucoup d’argent. On est dans système de prédation propre à l’esprit occidental moderne. Dans ce cas, la molécule rendra quelques services mais avec de nombreux risques liés tant à la généralisation du traitement qu’au fait qu’une molécule synthétisée présente toujours des risques d’effets indésirables imprévisibles. L’histoire récente de la médecine regorge d’exemples de ces dangers. De plus, comme les frais engagés et la volonté de profit invite à négliger les échecs ou les accidents, le produit se retrouve sur le marché et ne pourra être retiré qu’après de nombreux incidents et de nombreuses années.
En l’occurrence, l’objectif de ces chercheurs est de trouver les molécules qui viendront à bout des résistances bactériennes. On retrouve, ici encore, cette démarche prédatrice qui consiste à détruire ce qu’on considère comme un adversaire. Pourtant les bactéries ne sont pas nos ennemies ; elles sont consubstantielles de notre existence. Elles ont participé à notre développement. Les humains que nous sommes le doivent à l’histoire de nos rencontres avec elles. Bien sûr, il y a eu de nombreux morts à cause des infections mais était-ce le fait seulement de la contamination ou bien celui d’une situation préalable qui l’a favorisée. L’idée même de gagner la guerre contre les microbes, expression régulièrement entendue, est absurde. Que ce soit dans le monde biologique ou dans celui des groupes humains, on n’a jamais gagné une guerre. Toutes les guerres aboutissent à plus ou moins long terme à des résurgences qu’elles soient militaires ou économiques. Les ressentiments sont toujours là prêts à refaire flamber la crise. Tant que l’on considèrera l’autre comme un ennemi qu’il faut combattre, que ce soit pour prendre son territoire ou pour le vaincre sur un stade, on s’exposera toujours à une réplique. Sachant que tout vainqueur suppose des perdants et des rancunes tenaces. Il est temps de comprendre que la nature n’est pas compétitrice mais collaborative.
Le problème que tout cela soulève, c’est que la Science se comporte comme une religion soutenue par un clergé intolérant déniant à quiconque le droit d’une pensée différente ou alternative. C’est une attitude finalement néocoloniale.