Peut-être qu’il serait utile de s’interroger sur la notion de vérité. Celle-ci est unique ? Elle peut être le fait d’une illusion ou d’un point de vue propre à un mode de pensée souvent attaché à une société ou une civilisation. La vérité des peuples traditionnelles est certainement éloignée de la nôtre. Pire encore, elle peut être celle d’une époque ou d’une étape dans la recherche.
Depuis plus de 20 ans, j’ai remarqué la présence de très jeunes gens dans de nombreuses ONG qui travaillent sur l’environnement. Ceux-ci présentent souvent les mêmes caractéristiques : une absence totale de doute dans leurs propos, un débit de parole sans le moindre répit, une compétence certaine sur un aspect souvent très pointu, des justifications scientifiques s’appuyant sur un consensus.
Quand on se penche sur le parcours de ce qu’il faut bien appeler des leaders d’opinion, ils ont fait des études scientifiques avec des professeurs issus du même mode de pensée et quand ils arrivent au doctorat, ils épousent les demandes de leur maître de thèse pour travailler sur des sujets convenus qui ne sauraient évidemment pas sortir de l’orthodoxie. Un des exemples le plus frappant est celui de Mirko Beljanski travaillant dans l’équipe du prix Nobel Jacques Monod. Celui-ci a torpillé la carrière de Beljanski car il avait osé travailler sur un sujet qui contredisait les travaux de Monod qui lui avaient valu le prix Nobel. Pourtant, Howard Temin a reçu le prix Nobel pour des travaux postérieurs et très proches de ceux de Beljanski.
Quand on parle de leaders d’opinion, il faut distinguer les « petites mains » qui militent activement par rapport aux médecins et professeurs de plateaux qui se caractérisent par leurs conflits d’intérêts. Ils ne comprennent souvent cette notion de conflit car ils ne touchent pas On progresse d’argent à titre personnel (enfin pas tous) mais seulement pour financer leurs travaux. Et c’est ainsi que se fabrique le consensus ! Impossible de trouver des financements pour des travaux hétérodoxes !
Sur les vaccinations, l’argument le plus souvent avancé est : « L’efficacité des vaccinations n’a plus à être démontrée ». Et pourtant, elle ne l’a jamais été. On ne trouve aucune trace de cette preuve. C’est d’ailleurs ce que dit, Jean-Michel Dubernard, professeur de médecine et député ; au sein d’une commission sénatoriale « Vaccins : convaincre et innover pour mieux protéger » (Rapport n° 476 (2006-2007), déposé le 28 septembre 2007).
Voici quelques propos issus des minutes de la réunion RÉUNION DU MERCREDI 6 JUIN 2007
Le président Jean-Michel Dubernard, député , a estimé qu’il manque des données scientifiques permettant d’apprécier l’utilité des vaccins. Il a ensuite souhaité savoir quelles sont les relations de la recherche et de l’industrie avec les pouvoirs publics aux niveaux mondial, européen et national.
- Eric Guez a considéré que la défiance à l’égard du vaccin relève, en France, d’un manque de confiance dans les résultats.
Le président Jean-Michel Dubernard, député , en a convenu, rappelant qu’il n’existe pas de preuve scientifique sur l’utilité des vaccins.
On en est évidemment toujours là !
Pour revenir sur la question de la spécialisation ; elle s’exerce notamment dans deux domaines, l’étude scientifique et le militantisme.
Pour les études scientifiques, Les recherches sont évidemment très performantes mais dans des domaines de plus en plus pointus au fur et à mesure des progrès. Le problème est qu’il n’y a pas forcément de conséquences directes pour le bien-être des populations. On progresse dans l’infiniment petit, l’infiniment grand ou l’infiniment complexe. L’inconvénient est que l’infini n’a justement pas de limite et qu’on trouvera toujours, au-delà, un nouvel objet de recherche. Ainsi plus on avance et plus l’horizon recule ! Dans le domaine de la médecine, c’est encore plus flagrant car les recherches les plus importantes ont surtout pour but de rapporter de l’argent essentiellement à l’industrie pharmaceutique. Outre que l’argent à gagner entretient une course entre les équipes et les labos, toutes les tricheries sont mises en œuvre pour masquer les échecs thérapeutiques ou même les accidents indésirables. Sur ce sujet, de nombreux laboratoires ont été condamnés à des amendes record et de nombreux médicaments finissent par être retirés du marché après bien des années de dégâts sur les malades.
Concernant le militantisme, notamment dans le domaine de l’environnement, on a souvent des intérêts qui se heurtent. Par exemple, la lutte contre le réchauffement climatique avec deux options : la sobriété ou le recours au nucléaire. Ce nucléaire va s’opposer à ceux qui en combattent les risques., On a également la lutte contre les pesticides ou les plastiques. Ces deux combats sont légitimes mais si on occulte l’usage des médicaments qui, ne l’oublions pas, sont fabriqués avec les mêmes matières premières (produits pétroliers), dans les mêmes usines, par les mêmes entreprises (Bayer/Monsanto), avec les mêmes financements et surtout le même mode de pensée. Si on exonère les médicaments de la défiance que l’on a à l’égard des plastiques ou des pesticides, il est à craindre que les uns justifient les autres. Sans oublier les passerelles entre ces différents produits. Par exemple, le BisphénolA était une hormone contraceptive d’une efficacité médiocre mais s’est avérée être un remarquable plastifiant. L’inconvénient est qu’en chauffant (biberons ou récipients passés au micro-ondes), le Bisphénol se dégrade et retrouve une partie de ses fonctions hormonales (perturbateur endocrinien). On voit ainsi des ONG qui excluent volontairement des actions au profit des leurs, ce qui leur permet de garder le leadership sur leur domaine mais ne fait pas avancer une démarche écologique globale.
Quelle soit militante ou scientifique, cette spécialisation entraîne deux écueils :
- La conformité à une pensée unique et le rejet de toute voix discordante. Même si on n’est pas au niveau de l’inquisition, tous ceux qui sont en dehors du consensus risquent leur carrière, leur financement et leur crédibilité. Ils peuvent même risquer leur vie ; il y a quelques exemples. Ce sont surtout les auteurs qui sont le plus menacé notamment s’ils trouvent toujours des moyens de publier ou d’être écoutés.
- Les flux d’argent qui viennent soutenir les « bonnes recherches » sont aussi drainés par toutes les campagnes caritatives, Téléthon, Sidaction, ligue contre le cancer, ARC et autres moins importantes. Le téléthon a orient toute son action sur les thérapies géniques au détriment de l’aide aux familles qui était le premier objet de ces campagnes. Quant aux traitements, non seulement les résultats se font attendre mais on ne sait rien des conséquences à long terme et notamment sur la descendance.
La question de la compréhension des cancers montre bien les limites de la spécialisation. En effet, depuis plus d’un siècle, on cherche une solution à cette maladie sans réel succès. Dans les années 90, Lucien Israël, cancérologue, avouait que les chimiothérapies étaient inopérantes sur les tumeurs solides. Quelques temps plus tard, le docteur Jean Claude Salomon constatait que les malades qui semblaient guéris de leur cancer mourrait d’un syndrome de cachexie. Voir le dossier cancer. Plus tard, dans les années 2000 ; une étude australienne de grande ampleur révélait que le bénéfice des chimiothérapies n’était que de 2%. Pourtant, les médias rapportent régulièrement des progrès et des succès en matière de traitement mais hélas il s’agit d’une illusion et même d’une falsification. En effet, le dépistage précoce et l’incitation qui est faite d’y recourir a deux effets :
- De nombreux cas s’avèrent être de faux positifs (25%). Cela permet de guérir des personnes qui ne sont as malades dans la mesure où ils ne meurent pas de leur traitement.
- Le dépistage peut être lui-même préjudiciable en favorisant le développement de cancers. C’est le cas de la mammographie surtout si elle est répétée, comme c’est de plus en plus recommandé, depuis un âge très jeune. En effet, écraser une glande, le sein, et exposer aux rayons X n’est pas sans conséquence. Imaginons la même chose sur les testicules. Et que dire de l’angoisse générée par cette succession d’examens et l’attente qui s’en suit !
La prévention ne peut passer que la compréhension globale de la maladie afin de s’en prémunir. Concernant cette compréhension des maladies, les infections posent là aussi un problème majeur. L’antibiothérapie qui convient pour les infections bactériennes a sauvé des vies mais son recours qui devient systématique notamment chez les jeunes enfants conduit à la chronicité et quelquefois à des impasses thérapeutiques avec les résistances aux traitements. En ce qui concerne les affections virales, il reste très difficile d’isoler strictement un virus. Être certain qu’il n’y a qu’une sorte est une réelle gageure. Quand bien même, celui-ci est isolé, comment être certain qu’il est l’agent causal de la maladie. Pour le savoir, il faudrait l’injecter à un individu sain, ce qui est heureusement interdit. Certains biologistes avancent que le virus n’entre pas dans la cellule mais qu’il est excrété par elle. Enfin est-ce le microbe, virus ou bactérie, qui cause la maladie ou est-ce la maladie qui révèle la présence d’un microbe ?
Il y a quelques pistes qui pourraient évoquer cette deuxième possibilité. Ce sont d’abord des pistes thérapeutiques. Que ce soit des médecins homéopathes ou leurs patients, ils sont pu constater des guérisons très rapides avec des produits qui n’ont aucune action antivirale ou antibiotique. On a pu faire les mêmes observations avec l’acuponcture pour laquelle on ne peut envisager une action à l’égard du microbe. D’autre part Ruppert Sheldrake a pu montrer que deux cultures de cellules, l’une saine et l’autre infectée, se contaminaient alors qu’elles étaient enfermées dans des ampoules de verres scellées.
Ce qui favorise la spécialisation médicale est le bénéfice économique. En fin d’études de médecine, les mieux classés peuvent choisir leur spécialité. Ils vont prendre les plus rentables ou les plus prestigieuses. Cela correspond à la fois à un désir de domination, peu propice à l’idée d’engagement médical, et à l’esprit d’une société moderne fragmentaire, qui privilégie le particulier sur le général.
Il y a dans tout cela une difficulté qui impose de sortir des évidences. Quand des problèmes ne sont pas résolus alors qu’on s’y penche depuis si longtemps, c’est sans doute que la question est mal abordée. Cela rappelle la résolution de certains casse-têtes comme l’énigme des 9 points ou comment réaliser 4 triangles avec 3 allumettes. Dans les deux cas, il faut sortir d’une pensée imposée, la limitation au cadre de la figure ou le passage de 2D à 3D.
Finalement, ce sont les sociétés traditionnelles qui montrent une façon de comprendre le monde qui me paraît la plus intéressante. En effet, ces sociétés ont une vision analogique pour appréhender l’ensemble des questions qui se posent à l’homme. Une vision analogique veut surtout dire une vision symbolique. C’est donc une construction qui représente ce monde sans un caractère réaliste mais qui, pourtant, reste très cohérent. Les médecines traditionnelles en sont le meilleur exemple. La médecine chinoise dispose malgré tout d’un système théorique parfaitement cohérent qui permet d’analyser n’importe quelle situation pathologique et de proposer des principes de traitement.
J’ai personnellement connu, pendant mes études de médecine chinoise, l’arrivée du SIDA que personne ne connaissait. Notre professeur, à partir de la description des symptômes, a décrit le syndrome de la maladie et la nature du traitement à appliquer. Bien sûr le résultat thérapeutique dépend des capacités du médecins et des moyens thérapeutiques à sa disposition. De la même façon, Yvette Parès, professeur de médecine, qui travaillait sur la lèpre au Sénégal, a rencontré un tradipraticien Peul qui l’a formée à la médecine sénégalaise. A eux deux, ils ont soigné des lépreux avec plus de succès et ont fondé l’hôpital de Keur Massar. Quand le SIDA est arrivé ils ont été confrontés à cette maladie qu’ils ont pu traiter avec succès.
On ne peut nier tous les progrès réalisés par les différentes recherches mais vit-on mieux pour autant. Nous devrions avoir résolu depuis longtemps les questions essentielles : fournir un toit à tous, bénéficier d’une nourriture saine, accéder à des soins qui apportent réellement un confort de vie, mettre en œuvre une énergie abondante et non polluante. Je suis certainement très naïf mais sans cette économie de prédation et la rapacité des « élites », je veux imaginer que ce serait possible.