Les impasses d’une médecine chimique

 
  • samedi 15 juillet 2006.
  • L’allopathie est elle incompatible avec une démarche écologique ? La question a déjà été évoquée dans un article, mais ici nous proposerons une réponse plus nuancée en séparant la médecine allopathique de l’accompagnement pharmaceutique chimique de la deuxième moitié du 20e siècle.

    Le problème n’est pas l’allopathie, mais la confusion entre un principe médical honorable et la dérive chimique de celui-ci. Par exemple, la médecine chinoise traditionnelle est une médecine allopathique. Elle définit des états pathologiques et produit des traitements qui s’opposent à la maladie. Il en est de même pour la phytothérapie occidentale, qui recouvre une bonne part de ce qu’était la médecine occidentale avant que la chimie n’isole des principes actifs qui viennent remplacer les plantes, mais aussi les produits minéraux.

    Les produits minéraux et les plantes sont des produits chimiques, mais ils sont complexes, et même infiniment. Or vouloir remplacer une plante par ce qu’on considère comme son principe actif et le synthétiser conduit certes à des produits quelquefois efficaces ou très efficaces, mais souvent non dénués d’effets délétères. Par exemple, l’artichaut est efficace sur le foie, mais en isolant tous ses principes actifs, on n’a pas pu en trouver un qui justifie l’action de la plante entière. Il en est de même pour de nombreuses plantes. De plus, les plantes et autres substances, animales ou minérales, sont utilisées en combinaisons complexes, ce qui n’a rien à voir avec une substance chimique à molécule unique.

    Le plus important de cette démarche, c’est qu’elle a fondamentalement modifié la vision médicale occidentale. Là où il y a des substances complexes et subtilement agencées, on les remplace par des molécules uniques, et de même, où il y a des phénomènes complexes, on cherche à les réduire à des protocoles simples, même si personne ne doute de la complexité globale. Cela conduit le médecin occidental moderne à une vision automatisée des maladies. Un vecteur infectieux, une infection. Un gène défectueux, une maladie génétique. Et finalement on recherche toujours des causes simples et uniques, avec une tendance à nier les causes multiples, et en particulier, celles sur lesquelles on ne peut agir. Par exemple, les aspects émotionnels comme cause déclenchante d’un cancer, d’une infection, ou d’un désordre hormonal. On a vu des individus déclarés séropositifs qui ont déclenché un SIDA, alors que le diagnostic était faux (erreur de personne au laboratoire). On signale aussi le cas de cette personne morte de froid dans camion frigorifique ... débranché.

    La pensée médicale actuelle, avec l’automaticité et l’unicité des causes, conduit à des traitements systématisés, vaccinations génaralisées, antibiothérapies systématiques pour quelques cas de méningites. Pourtant, la situation la plus intéressante, du point de vue de la recherche, ne porte pas sur les malades, mais sur ceux qui ne le sont pas. Ce sont bien ceux qui ne sont pas malades lors d’une épidémie de grippe qui sont intéressants, car ils montrent la voie d’une opportunité de santé publique. De même, malgré une exposition commune aux particules d’amiante, tous les sujets ne tombent pas malades en même temps. C’est sur cette résistance qu’il convient de porter les efforts de recherche, car c’est elle, qui là aussi, permet d’envisager des solutions pertinentes.

    Ailleurs, en physique, on s’oriente de plus en plus sur des compréhensions interdépendantes. La théorie du chaos ou la mécanique quantique en sont des exemples. On retrouve cette opposition dans les théories psychologiques des apprentissages : les conceptions cognitivistes, plutôt réductives et accumulatives, et les conceptions écologistes qui conçoivent les apprentissages comme des processus d’autoadaptation. La construction d’une termitière représente cette progression autoadaptative de nature écologiste. Malgré cela, la médecine occidentale s’enfonce dans des démarches toujours plus découpées, séparées et spécialisées.

    Cette pensée conduit à des raisonnements tordus ; le dernier en date est représenté par la découverte d’un agent infectieux de l’obésité. C’est tellement plus simple que de manger mieux ou de réduire sa ration alimentaire. De même, on a toujours constaté que l’ulcère de l’estomac survenait chez les personnes tendues et frustrées, ce qu’en médecine chinoise on interprète comme une perturbation du foie (organe lié à la colère, exprimée ou non) qui vient agir sur l’estomac. Rien de tout cela, tout est plus simple, une bactérie, helicobacter pilorii. Sauf qu’on trouve cette bactérie dans des tas d’estomacs sans ulcère, et même de façon courante au sein de certaines populations. Lire la polémique sur l’ulcère à l’estomac.

    On connait naturellement les limites de grandeurs : l’infiniment petit, l’infiniment grand. Il existe une autre sorte de limite : l’infiniment complexe. Face à ce défi, il existe deux attitudes :

    On aura compris que l’allopathie n’est pas un procédé thérapeutique contestable, mais qu’une évolution récente de la pensée occidentale et scientifique en particulier a entrainé la pensée médicale vers une dérive qui l’a conduit vers une impasse. Cette évolution s’est faite en deux temps. Le positivisme de la fin du 19e siècle et l’avènement du règne de l’industrie chimique dans la deuxième moitié du 20e siècle.

    Donc favorables au pluralisme thérapeutique, nous ne pouvons rien avoir contre l’allopathie, mais écologistes, nous ne pouvons qu’être en désaccord avec la médecine chimique qui ne peut pas être cautionnée par une démarche écologique. C’est dans cette optique que nous souhaitons développer de terme d’écomédecine, dont la définition pourrait être celle-ci :

    Une écomédecine serait une pratique de soin capable de prendre en compte l’ensemble du système traité, statique, organique, émotionnel, et en agissant de la façon la plus subtile possible. Les remèdes ne devront pas entraîner de perturbations importantes et seront obligatoirement adaptés à chaque patient. Aucune pratique ne peut être considérée comme écomédecine dès lors qu’elle use de protocoles systématiques. Il serait bien sûr préférable que les thérapeute soient capables d’agir sur l’ensemble des systèmes et de ce point de vue, un thérapeute généraliste serait supérieur au spécialiste. Sinon, le travail en équipes pluridisciplinaires écomédicales pourrait constituer un alternative acceptable.

    [1Le processus d’évaluation des substances chimiques

    [2Voir les travaux d’Yvette Parès et de la médecine sénégalaise à l’hôpital traditionnel de Keur Massar

    Un article du site : Pour une médecine écologique
    http://www.medecine-ecologique.info/article.php3?id_article=41