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Dossier environnement

dimanche 8 novembre 2020 , par Christian Portal


  1. La Hague au cœur du débat
  2. Eaux polluées, quelle agriculture pour y remédier ?
  3. Philippe Desbrosses : l’agriculteur écolo
  4. Obésité : l’industrie agroalimentaire responsable ?

 La Hague au cœur du débat

Il nous faudra 10 ans, 20 ans, 30 ans...

C’est quand vous voulez, mais en France, compte tenu de l’engagement dans le nucléaire qui nous a été imposé, il faudra « donner du temps au temps ».

En ce qui concerne le devenir des combustibles irradiés, le choix d’arrêter le retraitement extraction du plutonium peut être fait rapidement, avec sa filière du Mox et de son utilisation, l’arrêt des transports vers la Hague et Sellafield.

Rappelons qu’un tel arrêt suppose la gestion technique et sociale des installations de la Hague par l’immobilisation du plutonium existant.

Cela signifie le retour effectif de tous les déchets étrangers - y compris le plutonium inclus dans les verres ou les céramiques vers les producteurs (industriels et régions de la planète) et non vers un seul centre mondial. Ni centralisation à la Hague, ni à Bure, ni à Gorleben, ni en Russie - ni quelque pays que ce soit qui, pour des besoins financiers, les accepterait sur son territoire.

Dans la situation actuelle où l’on ne sait pas les éliminer, c’est sur les sites des centrales nucléaires (ou près d’elles) que l’on arrêtera peu à peu, qu’il faudra stocker en surface ou subsurface, mieux protégés, mais réversibles et non en profondeur - sous contrôle des voisins, des associations indépendantes du « lobby-mafia » nucléaire - les combustibles irradiés encore à venir et les déchets déjà conditionnés ou à conditionner, provenant de la Hague.

L’échéancier réaliste pour un tel changement d’orientation se situe d’ici à2005 et 2010, qui coïnciderait avec l’arrêt du retraitement pour la Belgique dès maintenant, celui de l’Allemagne en 2005, l’éventuelle solution japonaise vers 2006-2007, la fin des nouveaux contrats Cogéma-EDF en 2007.

Mais on peut faire plus vite encore si le pouvoir politique a la volonté et le courage de l’imposer aux entreprises qui sont sous sa tutelle : EDF verrait le coût de sa gestion des déchets diminuer dans le contexte de l’ouverture des marchés et de la concurrence.

Il ne suffit pas d’avoir raison pour changer ou accélérer le cours des événements...

C’est quand vous voulez et ça ne peut pas se faire sans vous. Cela demandera un plus grand engagement personnel et collectif, un engagement citoyen. Cela demandera votre participation et une rénovation de la démocratie. Le fruit ne tombera pas mûr sur votre table, il faudra aller le chercher, militer pour ce faire, car nous sommes dans une société où les choses se décident non seulement en fonctions des techniques disponibles, des coûts économiques et des risques, mais encore en relation avec la volonté des personnes et des groupes, des rapports de forces qui s’y manifestent. Vaincre la résistance des grands corps de l‘Etat, des grands groupes étatisés ou privés, intéressés, ce ne sera pas facile.

Didier Anger

Nucléaire : la démocratie bafouée

La Hague au cœur du débat

Ed. Yves Michel

In Médecines nouvelles n° 107 4e Trimestre 2002.


Eaux polluées, quelle agriculture pour y remédier ?

Un rapport publié par l’IFEN (Institut français de l’environnement) révèle la forte présence de pesticides dans les eaux superficielles et souterraines, à un niveau tel que ces ressources ne peuvent être utilisées pour produire de l’eau potable sans traitement spécifique.

En France, 57% des eaux souterraines et 73% des eaux de surface contiennent des pesticides, selon le 5e bilan annuel publié mardi par l’Institut français de l’environnement (IFEN). Ces proportions de pesticides sont telles que « les milieux aquatiques peuvent être perturbés ou les seuils admissibles pour la production d’eau potable dépassés sans traitement spécifique », souligne l’Institut. Sur l’ensemble des points de mesure, « 36% sont altérés à un tel niveau que, si ces ressources étaient utilisées pour la production d’eau potable, elles nécessiteraient un traitement spécifique aux pesticides ou seraient inaptes. ». Une tendance qui tend à augmenter selon l’Institut. La situation est particulièrement alarmante dans les départements d’Outremer avec des niveaux de contamination « très préoccupants » selon les experts . Les réseaux de surveillance ont en effet détecté la présence massive d’insecticides, pourtant interdits de très longue date, en Martinique et en Guadeloupe.

Exigences européennes

Les 159 pesticides différentes qui ont été détectés sont des herbicides et des fongicides utilisés pour l’agriculture, dont certains (les triazines), devraient toutefois être interdits à partir de 2003. Par ailleurs, la France doit en 2004 transposer une directive européenne concernant la qualité de l’eau. Ce texte exige que les Etats- membres parviennent en 2015 à « un bon état écologique des eaux ». Enfin, une proposition de directive visant à protéger les eaux souterraines contre la pollution vient d’être présentée par la Commission. Elle prévoit l’instauration d’une surveillance de la qualité des eaux du sous-sol, ainsi que des mesures correctives. La Commission rappelle l’importance environnementale de ces eaux, tant pour la production d’eau potable que pour les activités industrielles et agricoles. Elles jouent également un rôle fondamental dans le maintient des zones humides et le débit des fleuves, notamment en période de sécheresse. En France, le taux de pollution aux nitrates et aux pesticides atteint un seuil particulièrement élevé dans certains départements, malgré les objectifs fixés par Bruxelles. Une situation qui devra impérativement être corrigée d’ici 2015 avec la transposition de la directive européenne sur l’eau.

Raisonnée, durable, ou bio ?

Pour sortir du système agricole productiviste, qui conduit à de tels taux de pollution, et atteindre l’objectif fixé dès le Sommet de Rio, en 1992, d’une agriculture durable, deux voies semblent s’opposer. D’une part l’agriculture dite « raisonnée », qui ne sort pas vraiment du productivisme, mais qui veut limiter ses impacts environnementaux, en réduisant l’emploi d’intrants : la juste dose au bon moment. Cette approche, soutenue par le syndicat majoritaire, la FNSEA... et les multinationales de l’agro-chimie, est considérée comme largement insuffisante par les mouvements écologistes. Ainsi, l’association France Nature Environnement n’y voit qu’une simple mise en conformité avec la réglementation existante : « Le lobby productiviste soutenu par l’industrie des pesticides cherche avant tout, à travers une opération de marketing, à s’auto-décerner des médailles... autant récompenser les automobilistes qui s’arrêtent au feu rouge ».D’autre part, l’agriculture biologique, écologiquement 100 % correcte, mais qui, selon les spécialistes, n’aurait pas des rendements suffisants pour nourrir la planète à un prix acceptable.

Entre ces deux voies - la première, encore balbutiante, mais qui veut devenir le standard des bonnes pratiques agricoles et la seconde, plus ancienne, mais qui peine à trouver sa place et reste encore élitiste - l’agriculture durable est peut-être à mi-chemin. Ce qui est sûr, c’est qu’une deuxième révolution agricole est en cours : l’agriculteur de demain exercera plusieurs métiers et plusieurs responsabilités : producteur, mais aussi protecteur et aménageur de la nature, développeur régional (tourisme vert) et pédagogue.

Novethic dresse dans ce dossier le portrait de deux agriculteurs qui tentent d’inventer de nouvelles façons de travailler, l’un pratiquant l’agriculture biologique et l’autre l’agriculture raisonnée, et fait le point sur les nouveaux Contrats d’agriculture durable (CAD).

V. S.

Mis en ligne le : 08/10/2003

Novethic.fr


 Philippe Desbrosses : l’agriculteur écolo

Pour Philippe Desbrosses, l’agriculture biologique est le modèle idéal d’agriculture durable, puisqu’elle recycle l’ensemble de ses déchets, respecte les cycles saisonniers et préserve les ressources qui constituent le patrimoine commun transmissible aux générations futures... Mais pourquoi tout le monde ne l’adopte-t-il pas ?

C’est un vrai écolo, de la première heure, mais version « humaniste » (proche de Corinne Lepage). C’est également un scientifique reconnu : Docteur en sciences de l’environnement, expert consultant auprès de l’Union Européenne, membre du Comité Scientifique de la Fondation Nicolas Hulot. Et, « accessoirement », c’est un agriculteur bio, en Sologne, où il est Directeur du Centre Pilote de la Ferme de Sainte-Marthe (120 ha de surface agricole utile sur un territoire de 160 ha constitué de plaines, bois, étangs).

Philippe Desbrosses fait partie de cette nouvelle race d’agriculteurs multi-activités : il écrit des livres sur le bio, fait de la formation pour les agriculteurs qui veulent se reconvertir, il produit des semences et plants bio, et a fait de Sainte-Marthe, un conservatoire de variétés potagères et fruitières anciennes. Enfin il « fait » des céréales et oléo-protéagineux (lupin), des cultures maraîchères de plein-champ, engrais verts, etc...

Des activités qui lui permettent d’employer 10 permanents, plus du personnel occasionnel pour travaux saisonniers (30 personnes), de réaliser un chiffre d’affaires de 700 à 800.000 €, avec un revenu variant de 20.000 et 100.000 €, selon les années. Devant la montée de la concurrence sauvage liée à la mondialisation, il milite tout comme Daniel Carlier qui pratique l’agriculture raisonnée, pour la récupération de la valeur ajoutée par l’agriculteur : ainsi, il estime que pour s’en sortir, les agriculteurs bio devraient vendre une partie de leur production, en direct, aux consommateurs.

S’il avoue que l’on ne fait pas fortune dans le bio, en revanche, il reconnaît que les produits coûtent 20 à 30 % plus cher, en moyenne, pour le consommateur. Mais, il ajoute que le consommateur devrait y regarder de plus près : un poulet bio coûte 50 % plus cher, à l’achat qu’un poulet industriel de même poids. Pourtant, après cuisson, le poulet industriel a « fondu », rendant toute son eau : du coup, le poulet bio redevient compétitif, car il y a plus « à manger ». Ce type de message n’est pas très facile à faire passer . Mais si l’acheteur final savait que le poulet industriel est élevé en 27 jours, (au lieu de 90 !), à coup d’hormones et d’antibiotiques et qu’aux USA, la très sérieuse FDA (Food and Drug Administration) vient d’interdire d’appeler « poulet » ce qui est vendu dans certaines chaînes de restauration rapide, tellement le résultat est éloigné de ce qu’est un « vrai » poulet... il ya des chances pour qu’il se rue, dans la mesure de ses moyens vers les produits bio !

Philippe Desbrosses mène un combat quotidien contre les adversaires de la bio : les mandarins, comme il les appelle c’est à dire les lobbies de l’agro-chimie. IL y a ceux qui sortent des rapports qu’il qualifie de partiels, comme celui de l’AFSSA, qui tendrait à prouver que les produits bio ne sont pas meilleurs pour la santé, ou encore contre l’accusation récurrente portant sur les mycotoxines de la bio (voir encadré). Selon lui, c’est tout simplement l’inverse : ce sont les productions industrielles qui sont le plus exposées à ces contaminations par des champignons.

S’il consent à dire que l’agriculture raisonnée représente une tentative louable d’amélioration des pratiques agricoles, il n’en ajoute pas moins qu’elle comporte de nombreuses contradiction et incohérence, et que, de toutes les façons, elle ne résout pas l’équation économique de l’agriculture productiviste : selon lui, le revenu agricole en France est, à la virgule près, équivalent à la somme des subventions versées par Bruxelles. Sans subventions, il n’y a pas de revenu agricole en France !

Mais dans ce cas pourquoi tous les agriculteurs ne se convertissent pas au bio ? Honnête, Philippe Desbrosses reconnaît que ses stages de formation sont pleins de néo-ruraux, alors que les agriculteurs de métier ne représentent que 10 % de sa clientèle !

Pour accéder à l’ensemble de l’expérience menée à la ferme Sainte-Marthe :

http://www.intelligenceverte.org
LES MYCOTOXINES

Les mycotoxines sont produites par des substances produites par une grande variété de moisissures se développant sur différents types d’aliments bruts (céréales, oléoprotéagineux, fruits) ou transformés,placés dans des situations écologiques très diverses. Certains accusent l’agriculture bio de favoriser leur apparition. Des études scientifiques menées sur le sujet, ne permettent pas de penser que c’est le cas et les défenseurs de l’agriculture bio rappellent qu’il est important de souligner que de bonnes pratiques agricoles, de manutention et de stockage sont indispensables, aussi bien dans l’agriculture biologique que traditionnelle, pour réduire au minimum les risques de moisissures et de contamination par mycotoxines. Les normes “biologiques” ne dispensent pas les producteurs et les entreprises agro-alimentaires du respect des règles générales, comme les réglementations liées à l’innocuité des aliments, l’homologation des pesticides, les règles générales d’étiquetage nutritionnel des aliments, etc.

Novethic.fr


 Obésité : l’industrie agroalimentaire responsable ?

Après avoir épuisé les recours juridiques contre les industries du tabac et de l’amiante, certains grands cabinets d’avocats américains entament un nouveau combat contre ceux qui seraient responsables de la généralisation de l’obésité. Leur cible première est l’industrie de la restauration rapide mais le début de corrélation effectué par certains spécialistes entre la croissance des pratiques de « snacking » et celle de l’obésité expose les principaux acteurs de l’industrie agroalimentaire.

Les cabinets d’avocats américains spécialisés dans les procès pour responsabilité ont trouvé leur nouvelle cible : les pratiques des différents intervenants de la chaîne alimentaire dans la croissance exponentielle des cas d’obésité. Leur angle d’attaque est assez large, ils accusent notamment les chaînes de fast food de donner à leurs consommateurs une information trompeuse sur la nature de leurs produits et de cibler prioritairement une clientèle sensible : les enfants.
Un contexte d’épidémie

L’obésité n’est pas une maladie contagieuse, pourtant l’OMS dans son rapport publié en mars 2003 et intitulé « Régime, nutrition et la prévention des maladies chroniques » parle d’épidémie. Cet organisme s’alarme en particulier de la vitesse d’expansion de l’obésité dans la population mondiale. Les pays occidentaux ne sont plus les seuls concernés. Un rapport de l’association international d’étude de l’obésité estime à 1,7 milliards la population mondiale souffrant d’obésité et de poids excessif. Les Etats Unis et la Grande Bretagne figurent en tête du tableau avec plus de 60% de leur population en situation de sur-poids, tout comme le Mexique et l’Argentine.
Un coût important pour la société

Le coût, en terme de santé publique, de cette dégradation de l’état de santé des populations est loin d’être négligeable. Aux Etats-Unis, il se rapproche de celui généré par le tabac. La facture respective de chaque pathologie étant de 117 et 140 milliards de dollars en 2000. Ces coûts sont essentiellement ceux des traitements nécéssaires. Mais la lutte contre l’obésité est liée à aux combats contre des maladies comme le diabète, l’hypertension et les maladies cardio-vasculaires. Certains Etats américains s’attaquent déjà à certains des produits considérés comme responsables de l’expansion des cas d’obésité. Les Etats de Washington, d’Arkansas et de Virginie de l’ouest appliquent une taxe spéciale sur les sodas, le Texas, lui, impose les bonbons et le chocolat. Ces initiatives restent isolées, les spécialistes du cabinet JP Morgan pensent qu’il y a une faible probabilité de voir se généraliser de telles taxes, tant aux USA qu’en Europe. Ils s’attendent plutôt à un renforcement des lois sur l’étiquetage et la publicité destinée aux enfants, notamment en Europe.
Plusieurs industries au ban des accusés

L’OMS cite explicitement, dans son rapport, les fast food et l’industrie agro-alimentaire comme portant une part de responsabilité dans la généralisation de l’obésité. Elle reproche notamment au fast food leurs pratiques marketing. Cette industrie fait une promotion excessive de certains de ses produits diététiquements les moins recommandés auprès des jeunes enfants. L’OMS considère que le lien est établi entre cette démarche marketing et la croissance de l’obésité chez les enfants.

Les chercheurs de l’Harvard Institute for Economic Research (HIER) mettent eux directement en cause l’industrie agro-alimentaire. Dans son rapport, publié en janvier 2003 et intitulé « Pourquoi les américains sont-ils devenus plus obèses ? », HIER met en cause les pratiques de « snacking ». Une analyse détaillée de la consommation quotidienne des américains pour les années 77-78 et 94-96 montre ainsi que la consommation de calories hors des repas a cru de 240 % sur cette période et s’établit actuellement à près de 25 % de l’apport calorique quotidien des américains. Pour ces chercheurs, c’est bien la croissance de la consommation calorique qui est responsable de de la hausse des cas d’obésité, et non le manque d’exercices physiques comme certains acteurs de l’industrie agro-alimentaire le prétendent.

Novethic.fr

Pierre-Marie Coupry

Mis en ligne le : 05/08/2003

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