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Dossier médicaments

dimanche 8 novembre 2020 , par Christian Portal


  1. Médicaments : la fiabilité des informations fournies officiellement par les laboratoires
  2. De la mémoire de l’eau à l’héparine Benveniste persiste

 Médicaments : la fiabilité des informations fournies officiellement par les laboratoires

L’information concernant les nouveaux médicaments mis sur le marché a été laissée par les pouvoirs publics aux bons soins des laboratoires pharmaceutiques et qui en sont les producteurs. On n’est jamais si bien servi que par soi-même ! Et, dans la mesure où ces mêmes laboratoires - par l’intermédiaire des grands mandarins qu’ils subventionnent grassement ou salarient comme experts - contrôlent toujours l’information auprès des différents organismes de santé publique du gouvernement et de la formation médicale, ils ne se trouvent jamais contredits, ni remis en cause. C’est sans compter avec l’opiniâtreté de la revue « Prescrire » la seule qui ne soit pas financée par la publicité des laboratoires pharmaceutiques, comme le révèle cette affaire à propos des phénomènes de dépendance et d’accoutumance provoquée par deux somnifères nouveaux, évoquée par « Le Monde ».

Jean Yves Nau « Le Monde ». 4 octobre2000

In « Médecines nouvelles » n°100 1er trimestre 2001


 De la mémoire de l’eau à l’héparine Benveniste persiste

Avec sa théorie de la mémoire de l’eau, Jacques Benveniste est devenu un pestiféré. Privé de crédits, dans un laboratoire de fortune, il vient pourtant de réaliser une série d’expériences qui intriguent fortement certains scientifiques américains.

Il fut un temps où Jacques Benveniste était considéré par ses pairs comme un brillant allergologue, le découvreur mondialement connu du PAF-acether, facteur cellulaire de l’inflammation, et même un des rares biologistes français « nobélisables ». Et puis voici qu’en juin 1988, il devient un pestiféré. En publiant dans Nature l’hypothèse de la « mémoire de l’eau », il subit l’équivalent moderne et scientifique de l’excommunication. On ne le brûle pas en place publique, mais c’est tout juste. Il essuie (les critiques violentes, son unité de recherche est supprimée en 1992, ses articles sont refusés par les revues qui comptent, des rumeurs tenaces courent sur son honnêteté ou sa santé mentale.

Rappelons les circonstances du scandale. Benveniste a mis au point un test d’allergie extrêmement sensible, applicable sur des échantillons de sang dans lesquels des cellules, les basophiles, vont se colorer en bleu en présence d’une substance allergisante. « Je me suis demandé si, en réalisant une très haute dilution de cette substance, à la manière des dilutions homéopathiques où ne subsiste plus aucune molécule du produit originel, on détecterait encore un effet sur le sang. » L’ironie de l’histoire, c’est que Benveniste, souvent présenté comme un zélateur de l’homéopathie, est plutôt sceptique face à cette pratique médicale. « Je pensais que ça ne donnerait rien, poursuit-il, mais je voulais en avoir cœur net, vu l’interminable controverse entourant le sujet. Et contre toute attente, l’effet des très hautes dilutions s’est manifesté sur nos échantillons. »

Pour expliquer cet effet sans molécule, Benveniste suggère que l’eau garderait une sorte d’empreinte de la substance avec laquelle elle était en contact - la fameuse mémoire de l’eau. Une mémoire fragile, au demeurant : elle ne se manifeste que dans des conditions de laboratoire très précises et s’efface aisément, notamment en présence d’un champ magnétique. Elle serait donc de nature électromagnétique.

Où est le scandale ? Pour la majorité des scientifiques, la capacité de l’eau à emmagasiner un signal stable sur une longue période paraît invraisemblable. Quant aux ondes électromagnétiques émises par les molécules, elles sont avérées par la physique quantique, mais semblent bien trop faibles pour exercer une action biologique.

Pour beaucoup, l’affaire est enterrée. Mais Benveniste s’accroche. A partir de 1992, il cesse de travailler sur les dilutions et utilise directement un capteur-amplificateur électronique qui recueille les ondes émises par la substance active, dans une gamme située entre 20 et 2O000 hertz, et les transfère sur l’eau. Pour mettre en évidence l’effet de cette eau « irradiée », cinq nouveaux tests vont se succéder. Le dernier en date porte sur la coagulation du plasma sanguin.

C’est à cette « manip » que nous allons assister au Laboratoire de biologie numérique, à Clamart (Hauts-de-Seine). Il s’agit d’un petit bâtiment en préfabriqué, prêté par l’Inserm, en face de l’immeuble du grand institut. Les locaux ressemblent à n’importe quel laboratoire de biologie, à un détail près : tout a été « compressé ». Les bureaux sont minuscules, les paillasses et les appareils s’encastrent dans les moindres recoins. Et voici la dernière invention de l’équipe : le « robot », un système entièrement automatisé qui réalise les expériences de A à Z. Le gain de temps est énorme. Surtout, il évacue le problème de la faillibilité des expérimentateurs humains.

Un bras articulé verse le plasma et l’eau dans une série de cupules, puis plonge une pipette dans une solution d’héparine, un anticoagulant bien connu. Une partie de l’héparine va directement dans les cupules de plasma, une autre passe dans le « transmetteur » en contact avec l’eau, où elle demeure dix minutes avant de rejoindre le plasma. D’autres cupules reçoivent la même eau, mais sans traitement. La vitesse de coagulation du plasma est enregistrée pendant une heure, et tous les résultats sortent sur l’imprimante sous forme de courbes et de colonnes de chiffres. Il suffit alors de comparer les courbes pour constater que l’eau « informée » produit quasiment le même effet que l’héparine, tandis que l’eau non traitée n’exerce aucune influence.

Avec ce système, Benveniste espère bien convaincre enfin. En juillet, son équipe a transporté un des robots aux Etats-Unis, dans un laboratoire du National Health Institute, à Bethesda. Résultat, selon Didier Guillonnet, directeur général du laboratoire depuis deux ans, qui présentait l’expérience en l’absence de Benveniste : « Ça s’est bien passé, même s’il y a eu des résultats inégaux, selon les jours. Mais quand ça marchait, la .similitude des tracés était impressionnante. »

Intrigués, les chercheurs américains ont décidé de poursuivre la collaboration. Mais on touche là le problème majeur des travaux de Jacques Benveniste : depuis le début, les expériences ne fonctionnent pas à tous les coups. Il y a des « jours avec » et des « jours sans », et ces fluctuations demeurent inexplicables. On ne s’étonnera pas que certaines tentatives de vérification, comme celles menées par le prix Nobel Georges Charpak, aient abouti à des échecs.

Impossible, pour la communauté scientifique, d’accorder quelque crédit aux travaux de Benveniste tant que cette question ne sera pas résolue.

Jacques Benveniste travaille toujours à percer ce mystère. Mais pour lui, la réalité de l’effet ne fait aucun doute, et les conclusions qu’il en tire vont loin. « Nous assistons à la naissance d’une nouvelle biologie. Les cellules et les molécules communiquent entre elles au moyen d’ondes hertziennes. Et cela explique bien des énigmes que la biochimie n’a jamais élucidé. Par exemple, comment font deux molécules pour se rejoindre à l’intérieur d’une cellule, sachant qu ‘en termes de taille, elles sont comme des radeaux au milieu d’un océan ? Tout s’éclaire si l’une émet un signal capté par la molécule cible, exactement comme un poste de radio capte la fréquence d’une station de radio. »

Comment l’homme parvient-il à poursuivre ses recherches dans un climat si hostile ? Il perçoit toujours son salaire de l’Inserm, mais ne touche plus aucun crédit public de fonctionnement. Pour financer ses travaux, il a fondé une société, Digibio SA, avec des actionnaires qui parient sur l’avenir des techniques qu’il développe - par exemple, des thérapies purement électromagnétiques qui remplaceraient les médicaments.

En attendant, l’équipe compte actuellement six personnes, dont un personnage clé, Didier Guillonnet. « J’aurais laissé tomber si je ne l’avais pas rencontré », avoue Benveniste.

Guillonnet, ingénieur centralien de 37 ans, était une des grosse têtes de l’informatique en France avant de se passionner pour l’aventure de la biologie numérique. Il a mis de l’ordre dans les affaires quelque peu brouillonnes du laboratoire, créé un site Internet bilingue (www.digibio.com) et développé les deux prototypes du robot, un appareil sans équivalent dans le monde et qui sera peut-être un jour commercialisé à l’usage de tous les laboratoires de biologie. A défaut du prix Nobel tant désiré, Benveniste pourrait alors faire fortune dans l’équipement biomédical !

QUAND L’HOMÉOPATHIE MANQUE DE MÉMOIRE

Depuis plus de dix ans, recherche homéopathique et mémoire de l’eau se côtoient en feignant de ne pas se voir. La dernière occasion manquée date de 1999, quand l’industrie homéopathique finance une étude « pan-européenne » dans quatre laboratoires de biologie, en France, Irlande du Nord, Italie et Pays-Bas. Il s’agit., encore une fois, de tester l’effet des hautes dilutions sur des cellules sanguines. Pour ce faire, on utilise un test mis au point par Jean Sainte-Laudy, un ancien collaborateur de Benveniste, présenté comme beaucoup plus fiable. Le protocole est très strict :

Chaque laboratoire teste en aveugle des échantillons préparés par l’équipe du pays voisin. D’après le Pr Marcel Godefroid, de l’université catholique de Louvain en Belgique, qui coordonnait les expériences, les résultats sont positifs dans trois laboratoires. L’un d’entre eux, celui de Madeleine Ennis à l’Institut des sciences cliniques de Belfast, les a publiés dans la revue Inflammation Research, en mars 2001. On attend les autres articles. Mais la quadruple étude est déjà citée en exemple dans les ouvrages récents sur les recherches en homéopathie.

Mais à aucun moment le nom de Jacques Benveniste n’est mentionné. Et les auteurs, qui reconnaissent pourtant le caractère controversé des « doses ultrafaibles », n’avancent pas le moindre début d’explication scientifique. Quelle candeur ! A l’hérétique soucieux de faire accepter ses travaux incroyables en posant des hypothèses (Benveniste), il faut donc ajouter un autre personnage : le ravi, qui s’épanouit dans la contemplation de phénomènes inexpliqués. N’allez pas lui demander, ainsi qu’à ses bailleurs de fonds, pourquoi il n’essaye pas de percer ces mystères. Après tout, l’important, c’est de vendre des médicaments. Peu importe comment ils fonctionnent.

David Larousserie « Science et Avenir » janvier 2002

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