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1999-Dossier Monsanto (L’écologiste)

dimanche 8 novembre 2020 , par Christian Portal


Un grand dossier de la revue anglaise « The ecologist » publié par le « Courrier International » n°452 - juillet 1999

L’ensemble de ce dossier est tiré de la revue « courrier International ». Il est constitué de résumés d’articles qui reprennent des passages cités par les auteurs. Pour plus de précisions, il est nécessaire de se reporter au texte d’origine.

 Dossier « Monsanto »Un dossier sulfureux -

Le 25 juin dernier, les ministres de l’Environnement des Quinze ont tranché pour une période d’au moins deux ans, la commercialisation des nouveaux organismes génétiquement modifiés (OGM) ne sera pas autorisée, avant qu’un étiquetage précis ne soit instauré. Les Européens n’ont donc pas formellement imposé un moratoire, mais c’est tout comme. Reste que les 18 OGM actuellement sur le marché (qui ont été autorisés entre 1992 et 1998) ne seront pas retirés. Bref, la bataille, pour ou contre les OGM, n’est pas terminée. On attend d’ailleurs la réponse des Américains aux récentes directives européennes.

Au-delà des peurs irrationnelles, il faut poser plusieurs questions. Qui veut imposer les OGM aux agriculteurs et aux consommateurs de la planète ? Quels sont les risques et quels sont les bénéfices réels à attendre d’un maïs rendu tolérant aux herbicides ou d’un blé transgénique ? Pour répondre, Courrier international, qui a déjà consacré nombre de dossiers à l’agrochimie et aux OGM, accueille dans ce supplément spécial The Ecologist, flambeau de l’écologie radicale outre-Manche*.

On s’en souvient, fin 1998, les 14 000 exemplaires de ce magazine étaient détruits par leur imprimeur, Penwells, par crainte semble-t-il des poursuites judiciaires. La raison ? Le numéro incriminé était entièrement consacré à Monsanto, la multinationale « des sciences de la vie ». Depuis lors, ce dossier a trouvé un autre imprimeur ; il a été traduit et diffusé en Espagne, au Brésil, en Italie et le sera très prochainement en Allemagne. Au-delà de ses positions radicales (que l’on peut partager ou non), The Ecologist, propriété de Teddy Goldsmith, est reconnu pour son sérieux dans la communauté scientifique anglo-saxonne. Sur ce dossier Monsanto, il donne à lire une enquête précise et informée. Les questions qu’il pose sur les OGM sont légitimes et appellent l’ouverture d’un vrai débat.

 Monsanto, une histoire à facettes

Au Royaume-Uni et aux États-Unis, un intense battage publicitaire présente Monsanto comme une société visionnaire, militant pour le respect de l’environnement et pour la résolution scientifique des problèmes pressants de l’humanité.

  • Mais qu’est-ce que Monsanto ?
  • D’où vient cette entreprise ?
  • Comment est-elle devenue le deuxième fabricant mondial de produits agrochimiques, l’un des plus grands semenciers, et comment aurait-elle pu devenir le plus gros fournisseur des États-Unis en médicament s’il avait fusionné avec Américain Home Products ?
  • Qu’en disent ses salariés, ses clients et ceux qui sont affectés par ces activités ?
  • Monsanto est-elle la société propre et verte que décrit la publicité ou cette nouvelle image n’est-elle que le résultat de relations publiques habilement menées ?

Les données historiques fournissent quelques indices permettant de mieux comprendre ses agissements actuels.

Avant de produire des herbicides, Monsanto avait développé la production des PCB, ces dérivés organochlorés, ainsi que des défoliants pour le Vietnam, le célèbre « agent orange ». Tous ces produits contiennent ou génèrent des dioxines. De nombreux sites de production ont été largement contaminés, au point d’atteindre de manière très importante la santé, à la fois des ouvriers et de toutes les populations environnantes.

Monsanto a évité les scandales en cachant la contamination de nombre de ses produits par les dioxines, soit en taisant, soit en fournissant au gouvernement des échantillons truqués pour analyse ou de fausses données.

Pourtant, au-delà de ces accidents de pollution, les activités semencières de la firme se sont montrées bien plus inefficaces que la propagande ne l’affirme. En effet, Monsanto et ses partenaires ont dû retirer plus de deux millions de tonnes de semences de coton transgénique, et verser des millions de dollars pour dédommager les cultivateurs du sud des États-Unis.

La désinformation et la propagande semble bien être les moyens préférés de cette entreprise, pour cacher la vérité et faire des profits toujours plus grand.

  Le génie génétique incontrôlable

L’agriculture transgénique américaine est apparemment incontrôlée. C’est du moins le point de vue de Monsanto, premier producteur de semences transgéniques de soja. Dans une interview avec Geoff Tansey, un porte-parole de la société a récemment déclaré : « l’an dernier, nous avions 500 000 hectares de soja dans le monde ; cette année, 4 à 5 millions. Le seul facteur limitatif est la quantité de semences disponibles. »Naturellement notre compréhension de la génétique - que l’on sait limitée - va croître elle aussi de façon exponentielle pour justifier le rythme de croissance de la production.

 Roundup : un mensonge au service d’une stratégie de profit

Monsanto prétend que la culture de plantes transgéniques va permettre de se passer des herbicides. Mais l’entreprise produit des variétés tolérantes au Roundup, qui ne peuvent que stimuler les ventes de cet herbicide.

Le Roundup est l’herbicide le plus vendu au monde. Son composant principal est le glyphosate. Il est utilisé de manière extraordinairement étendue. 400.000 hectares en 1994 au Royaume-Uni ; 9000 à 12.000 tonnes par an aux États-Unis ; il dégage 1,2 milliards de dollars de bénéfices par an.

L’argument de vente essentiel est basé sur l’innocuité de ce produit et sur l’absence totale de rémanence. Or, on touche là à la base essentielle du mensonge. En effet, non seulement ce produit est toxique sur l’homme, des expériences l’ont démontré, mais en plus il est également toxique sur les animaux et en particulier sur les sols dont il détruit les micro-organismes et finalement l’équilibre biologique.

Pourtant, dans un dosage raisonnable pour une utilisation acceptable il reste un produit, qui pour être un produit chimique industriel est modérément toxique. Malheureusement, l’utilisation raisonnable d’un produit n’est pas compatible avec les principes d’un développement commercial exponentiel.

En vendant des plantes tolérantes au Roundup et toujours plus de Roundup, Monsanto gagne sur les deux tableaux

 Le Roundup de Monsanto, ou la recette pour l’érosion du sol et la fin de la diversité

L’application du génie génétique la plus courante en agriculture est la tolérance aux herbicides, c’est-à-dire la culture de plantes tolérantes aux herbicides. Le soja et le coton de Monsanto tolérants au Roundup en sont deux exemples. Leur introduction dans les systèmes agricoles du tiers-monde, encouragera l’emploi des traitements chimiques, ce qui ne peut qu’aggraver les problèmes de pollution. Elle menace aussi de détruire la biodiversité, qui est un moyen de subsistance essentiel aux femmes des zones rurales. Monsanto considère ce qui représente pour les femmes du tiers-monde, la nourriture, le fourrage où les médicaments comme des mauvaises herbes à détruire.

Dans l’agriculture indienne, les femmes utilisent 150 espèces différentes comme légumes, fourrage et médicaments. Dans l’état indien du Bengale occidental, 124 « mauvaises herbes » des rizières ont une importance économique dans la vie des cultivateurs. Les agriculteurs de la région de l’Expana, dans l’état de Veracruz, au Mexique, utilisent 435 espèces de la faune et de la flore sauvages dont 229 pour l’alimentation.

L’extension des cultures tolérantes au Roundup détruirait cette diversité et la valeur qu’elle représente pour les agriculteurs. Elle empêcherait le maintien de l’humus par les plantes couvre-sol et les autres cultures associées, laissant cours à l’érosion.

Contrairement à la mythologie Monsanto, les cultures tolérantes au Roundup facilitent l’érosion, non la conservation des sols.

  Terminator : menace sur la sécurité alimentaire du monde

La dernière technologie proposée par Monsanto rend absurdes ses prétentions à nourrir les affamés. Au contraire, elle menace le fondement de l’agriculture traditionnelle : la sauvegarde des semences d’une année sur l’autre. Pis, le « cocktail de gènes » qu’elle met en œuvre augmentera les risques de contamination de la chaîne alimentaire par des toxines et des allergènes nouveau. Une technologie dont l’objet avoué est de disséminer des plantes dont la descendance s’autodétruit, des « semences-suicides ».

Bien sûr, il existait déjà les semences hybrides de première génération (F1) dont la descendance est stérile ou dégénérée. Cependant, les agriculteurs des régions pauvres telles que le Brésil prennent des semences hybrides de deuxième génération (F2) comme matériel améliorant qu’ils croisent avec leurs variétés traditionnelles. Par ce moyen, ces cultivateurs, souvent des femmes, que ce soit au Brésil, au Burundi ou au Bangladesh, sélectionnent les caractères génétiques favorables sur leur marché. Les cultures les plus hybridées sont le maïs, le coton, le tournesol et le sorgho.

Le principe de Terminator est la guerre biologique contre les agriculteurs et l’alimentation. Terminator ne sert pas seulement à empêcher les agriculteurs de replanter les graines récoltées. Il est « la plate-forme » sur laquelle les semenciers peuvent arrimer les traits génétiques qu’ils possèdent, gènes brevetés de tolérance à un herbicide ou de résistance aux insectes, pour asservir les agriculteurs à leurs semences et à l’engrenage agrochimique. Terminator est la garantie que, même le cultivateur inventif du Brésil, pour accéder à ces caractères devra payer chaque année. La cible de Terminator est, très ouvertement, le marché des agriculteurs des pays du Sud.

Une telle démarche est non seulement criminelle à l’égard des possibilités alimentaires des plus pauvres, mais encore elle constitue une véritable bombe à retardement, dans la mesure où le système qui garantit la stérilité de la deuxième génération risque de se transmettre à bien d’autres plantes. Le risque de désertification n’est pas négligeable, et cette fois, c’est le monde entier qui pourrait avoir à souffrir de la faim.

 La technologie Terminator

Dans une « plante Terminator » on a introduit trois gènes, associés chacun à une sorte d’interrupteur, appelé « promoteur ». L’un de ces gènes, quand on l’active, contrôle la production d’une protéine nommée recombinase, qui agit comme des ciseaux moléculaires. La recombinase retire un « écarteur » situé entre les gènes producteurs de toxines et son promoteur. Cet écarteur est là pour empêcher le gène de la toxine d’être activé. Un troisième gène est introduit pour produire un « inhibiteur » qui active le gène de la recombinase, tant que la plante porteuse de Terminator n’est pas exposée à un stimulus spécifique (produits chimiques, changement de température au choc osmotique). Quand le stimulus est appliqué à la graine, juste avant la vente, la fonctionnalité de l’inhibiteur est supprimée. Libéré de l’inhibiteur le gène de la recombinase devient opérationnel. Il produit alors la protéine recombinase qui à son tour, élimine l’écarteur situé entre le gènes et son promoteur.

Or, le promoteur LEA, qui sert à réguler le gène de la toxine de Terminator est très commun chez les plantes. Il varie peu d’une espèce à l’autre. Une fois qu’il est inséré dans une plante, celle-ci peut choisir de l’inactiver. Si cela devait se produire lors des procédés de multiplication préalable à la commercialisation, personne ne s‘en apercevrait. Les semences seraient traitées à la tétracycline, et l’écarteur supprimé ; mais le gène ne produirait pas de toxine en fin de cycle. Le pollen porteur du gène silencieux mais fonctionnel se reproduirait dans les champs et les forêts avoisinants. Il existe d’autres scénarios possibles, mais on voit déjà que le danger de lâcher cette technologie dans la nature est tout à fait terrifiant.

 Les vases communicants entre Monsanto de l’administration

Traditionnellement, les hauts fonctionnaires de la FDA, l’agence qui surveille les aliments et les médicaments aux États-Unis, soit ont occupé un poste important à Monsanto, soit sont appelés à le faire. Dans ces conditions, comment s’étonner que la société soit autorisée à mettre des produits dangereux sur le marché ?

Dans l’agro-industrie, le détournement du peu de lois existantes par des sociétés telles que Monsanto est un exercice courant.

Au début des années 80, l’industrie agroalimentaire travaillait sur des plantes, des médicaments vétérinaires et des animaux transgéniques, en absence de toute règle sur leur mise au point, leurs ventes ou leur utilisation. Cette « déréglementation », chère aux présidents Reagan et Bush, a enfanté les « règles » actuelles sur les OGM, y compris dans les aliments. Le résultat : une loi-cadre sur les biotechnologies en 1986. Sa philosophie inspirée par les sociétés voit dans les manipulations génétiques un élargissement de la sélection végétale et animale classique et, dans les OGM, rien de différent fondamentalement des organismes naturels. Bien sûr, on a établi cet édifice sur les prémisses erronés que les organismes transgéniques ne seraient pas différents des produits agricoles et alimentaires conventionnels.

Au-delà de ces aspects généraux, l’article cite un certain nombre des scandales qui marquent cette situation mais également le nom des personnes qui dans des postes importants, ont appartenu, et à la F.D.A. et à Monsanto.

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